Ce document intitulé « Folklore de France » présente une communauté Landaise mythique dont les éléments symboliques (échasses, gemmage, danses, costumes) avaient en grande partie disparu au moment du tournage. Le but n’est pas de représenter la société de 1966, mais au contraire d’évoquer certains aspects identitaires du monde landais par le biais de ces symboles. Par là-même, le film se fait promoteur de l’identité régionale et participe à sa préservation.

L’usage des échasses en est l’exemple le plus symptomatique. L’échassier est ici présenté comme l’archétype du Landais. Ses jambes en bois (traduction littérale du mot « échasse ») lui permettaient de surveiller son troupeau, de marcher rapidement sur les terrains humides et de se protéger du froid et des piqûres d’ajoncs. Il disparut à l’orée du XXe siècle, lorsque les plantations de pins entrainèrent une diminution des espaces de pacage, et, par voie de conséquence, la fin des troupeaux et de leurs bergers.

 

Afin d’éviter que les silhouettes des échassiers ne soient oubliées, un boulanger Arcachonnais, Sylvain Dornon, en préserva l’usage en inventant une nouvelle spécialité landaise : la danse sur échasses. En amalgamant danses (ici Bigue-biguette, la danse des meuniers), costumes et échasse, il autorisa la survivance d’un passé menacé par l’exode rural. De la même manière, la perpétuation des danses au sein de groupes folkloriques participait à la cette sauvegarde d’éléments perçus comme fondamentaux pour l’identité landaise.

Autre travail emblématique du département : le gemmage, qui rappelle l’époque de « l’arbre d’or » où la région accéda à la richesse et à la notoriété. Cette activité s’était finalement imposée au tournant du XIXe siècle comme la principale industrie des Landes en remplaçant le système agro-pastoral traditionnel. Les entailles faites aux pins donnaient de la térébenthine et de la gemme, produits à haute valeur ajoutée. La première servait à la fabrication des vernis et de différents solvants, tandis que la cuisson de la gemme permettait d’obtenir une résine jaune qui s’utilisait dans la savonnerie ou la préparation de colles. Mais avant tout, elle entrait dans la confection des flambeaux et des chandelles. Cette profession connut son âge d’or après la Première Guerre mondiale et entama ensuite un lent déclin accentué par les grands incendies du massif dans les années 1940. En 1966, l’activité existait encore, mais elle était largement minoritaire au regard des scieries, papeteries et usines à panneaux de particules qui s’étaient généralisées dans la forêt.

Si l’identité régionale est avant tout mise en avant par le biais de la forêt, il ne faut pas oublier que les Landes possèdent aussi des paysages variés et de grande beauté comme l’étang de Léon et le courant d’Huchet. Leur grande diversité de milieux a abouti au classement en 1932 de l’étang et de ses rives marécageuses, des marais et des tourbières, et du courant d’Huchet qui serpente au milieu de la forêt avant de traverser la dune littorale. Depuis l’abandon du pâturage dans les années 1960, le site a été rapidement colonisé par les végétaux : des carex et des phragmites se sont installés sur les anciennes prairies, tandis qu’arbustes et arbres ont envahi la partie centrale, menaçant la biodiversité et entrainant le comblement des lagunes. Il fallut attendre le classement du lieu en réserve naturelle pour que des aménagements soient entrepris à partir de la fin des années 1970.

L’évocation de ces caractéristiques (folklore et paysages) participe ainsi à la sauvegarde de l’identité d’une région alors en plein changement. La pérennisation d’un passé fantasmé, considéré comme romantique et beau, s’opposait alors à l’exode rural et aux mutations industrielles auxquels les Landes étaient confrontées.

Sébastien Poublanc
fresques.ina.fr/landes/fiche-media/Landes00072/les-landes.
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